
Matcha et potimarron, l’accord de l’automne
Par Léa Chardonneret · Octobre 2026 · Lecture 6 min
Les jours raccourcissent, même à Cannes. Le soleil se couche plus tôt sur la baie, les soirées fraîchissent et l’on cherche une boisson chaude entre les mains. C’est la saison du potimarron, et celle d’Halloween. Pour l’accueillir, nous avons associé deux saveurs venues du Japon : le matcha et le potimarron.
Halloween, la fête du passage vers l’hiver
Derrière les citrouilles et les déguisements, Halloween garde le souvenir d’un très ancien moment de bascule. Son nom vient de l’anglais All Hallows’ Eve, « la veille de tous les saints » : la nuit du 31 octobre, avant la Toussaint, fixée au 1er novembre au IXe siècle.
Ses racines remonteraient à Samain, une fête du monde celte qui marquait la fin de l’été et l’entrée dans la mauvaise saison. On la vivait comme un seuil entre l’année qui s’achevait et celle qui commençait, une nuit où le monde des vivants et celui des esprits se seraient rapprochés. Les premières lanternes étaient taillées dans des navets ; la citrouille les a remplacées plus tard, en Amérique du Nord.
Au fond, Halloween célèbre ce que chacun ressent à cette période : la lumière qui baisse, le besoin de se retrouver, et le plaisir des saveurs de saison.

Et au Japon ?
Notre matcha vient du Japon, et nous avons eu envie de regarder comment on y vit ce moment de l’année. On y retrouve les grands thèmes de Samain, le souvenir des défunts et la fin des récoltes, mais répartis autrement dans le calendrier.
Obon, l’été des ancêtres
Au Japon, le temps où les défunts reviennent n’est pas l’automne mais l’été. Pendant Obon, fête bouddhiste célébrée le plus souvent du 13 au 16 août (dès juillet à Tokyo), on considère que les esprits des ancêtres rentrent à la maison. Les familles allument un petit feu pour les accueillir, dansent le bon odori, puis les raccompagnent à la lueur des lanternes, parfois confiées à l’eau d’une rivière. Comme à Samain, un seuil s’ouvre entre deux mondes ; mais on le vit en famille, autour du souvenir des proches.
Tsukimi, l’automne sous la pleine lune
L’automne japonais, lui, se fête en regardant la lune. Le tsukimi (月見, « regarder la lune ») a lieu la quinzième nuit du huitième mois lunaire, en septembre ou au début d’octobre selon les années : c’est la lune de la mi-automne. Venue de Chine, la coutume fut d’abord un divertissement de la cour, avec musique et poèmes, avant de gagner tout le pays à l’époque d’Edo.
On y remercie pour la récolte de l’année, en espérant que la suivante sera aussi belle. On dispose en offrande des tsukimi dango, petites boules de riz rondes comme la pleine lune, des tiges de susuki, une haute graminée dont les plumets évoquent les épis de riz, et des produits de saison : taro, châtaignes… et courges.
Et Halloween ?
La fête d’Halloween est arrivée au Japon très récemment. Dans les années 1990, on la fêtait surtout entre étrangers. Les parcs d’attractions l’ont fait connaître : Tokyo Disneyland lance sa fête d’Halloween en 1997, puis Universal Studios Japan, à Osaka, au début des années 2000. Elle y a pris la forme d’une grande fête du déguisement, dans un pays où le cosplay est déjà très aimé : autour du 31 octobre, la foule se presse dans les rues de Shibuya, à Tokyo, ou d’Amerikamura, à Osaka. Les commerces ont suivi : en 2015, le marché d’Halloween y dépassait déjà 122 milliards de yens. La tournée des bonbons, en revanche, ne s’est pas vraiment installée, et Shibuya, débordé par l’affluence, a fini par interdire de boire dans la rue autour de la gare.
Pourquoi ce succès ? Sans doute parce qu’Halloween n’y prend la place d’aucune tradition : le souvenir des défunts appartient à Obon, la gratitude pour la récolte au tsukimi. Il reste une fête légère, celle du costume et de l’automne qui commence.
Le potimarron, un cousin japonais
Le potimarron est une courge de l’espèce Cucurbita maxima. Il a été sélectionné au Japon, en particulier sur l’île d’Hokkaido, parmi les courges que l’on y appelle kuri kabocha, littéralement « courge châtaigne ». Son nom français raconte la même chose : un peu de potiron, un peu de marron, pour sa chair dense, douce, au goût de châtaigne.
Il a un autre atout en cuisine : inutile de l’éplucher cru, ce qui est souvent la partie la plus difficile avec une courge. Il suffit de le laver, d’en retirer les graines et de le faire cuire en morceaux avec sa peau : la chair se détache ensuite facilement à la cuillère.
Au Japon, la courge a même sa date : au tōji, le solstice d’hiver, on mange traditionnellement de la kabocha pour appeler la chance, une coutume installée au milieu de l’époque d’Edo. Parce qu’elle se conserve longtemps, elle faisait partie des rares légumes encore à portée de main au cœur de l’hiver.
Pourquoi le matcha et le potimarron s’accordent
- Le goût : la douceur ronde et les notes de châtaigne du potimarron enveloppent le caractère végétal du matcha et adoucissent son amertume.
- Les épices : cannelle, gingembre et muscade font le lien entre les deux et donnent au verre sa chaleur d’automne.
- Le regard : l’orange du potimarron, le vert du matcha, le blanc de la mousse de lait. Le verre prend les couleurs de la saison, et celles d’Halloween.

Matcha latte au potimarron, pas à pas
Une purée de potimarron épicée, une mousse de lait et le matcha versé en dernier : tous les gestes en photos, étape par étape, chaud ou glacé.
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Sources
- Hérodote.net, « Halloween » (Samain, veille de la Toussaint, navets et citrouilles), consulté le 28 octobre 2026.
- Futura Sciences, « Halloween : qu’est-ce que c’est ? », consulté le 28 octobre 2026.
- Techno-Science.net, « Potimarron » (Cucurbita maxima, sélection au Japon et à Hokkaido, peau comestible), consulté le 28 octobre 2026.
- Nippon.com, « Tsukimi: The Japanese Tradition of Autumn Moon Viewing » (en anglais), consulté le 29 octobre 2026.
- GoGo Nihon, « What is Obon? » (en anglais), consulté le 29 octobre 2026.
- Global Voices, « A short history of Halloween in Japan » (en anglais, octobre 2016), consulté le 29 octobre 2026.
- Tokyo Weekender, « The Evolution of Halloween in Tokyo » (en anglais, octobre 2024), consulté le 29 octobre 2026.
- Intojapan Waraku, article sur la courge du solstice d’hiver (en japonais), consulté le 29 octobre 2026.

